La
direction
générale du CNRS a convoqué, le 29
juin 2009, un chargé de recherche, Vincent Geisser, devant
la commission de discipline, sous prétexte de manquement
grave à l’obligation de réserve. La
commission a rejeté toutes les sanctions contre V. Geisser.
Ce verdict met en échec la volonté de la
direction générale de sanctionner ce chercheur
par l’utilisation de tous les moyens à sa
disposition.
Jean-Luc
Mazet,
secrétaire général du SNCS-FSU
Véronique Martin-Jézéquel et Fabien
Jobard, élus de la CAP n°2
Pour la première
fois au CNRS, un chercheur a été
convoqué, par le directeur général,
devant la commission de discipline sous l’accusation de
manquement grave à l’obligation de
réserve, obligation qui n’est définie
dans aucun texte de loi.
Lundi matin 29 juin, au cours
d’une réunion préalable à la
saisine, la CAP n°2 (commission administrative paritaire des
chargés de recherche) s’est réunie
à parité (7 nommés, 7
élus), pour l’approbation de son
règlement intérieur. L’obligation de
parité des votants, demandée par les
élus et refusée par le directeur
général, n’étant pas
inscrite au procès-verbal portant les modifications au
règlement intérieur, les élus
n’ont pas signé ce procès-verbal.
La CAP s’est ensuite
réunie en formation disciplinaire pour statuer du cas de V.
Geisser. Le directeur général a alors
imposé la présence de 8 nommés face
aux 5 élus des personnels (2 SNCS-FSU, 2 SGEN-CFDT, 1
SUD-Recherche-EPST), tous avec voix délibérative.
Ce déséquilibre des voix a
immédiatement conduit au refus de la demande de report de la
commission de discipline, posée par l’avocat de la
défense de V. Geisser.
Contactée, la DRH
(déléguée aux ressources humaines) a
confirmé l’exigence de maintenir huit
nommés, interprétant à sa
façon le décret de 1982 relatif aux commissions
paritaires (1). En l’occurrence, ce refus de la
parité est une révolution dans la jurisprudence
de la fonction publique, dont l’effet pervers a
été démontré dès
le début des débats. C’est aussi une
véritable absurdité, en ce qu’elle nie
la raison d’être des commissions paritaires.
Devant ce qui ressemblait
à un coup de force de l’administration, il
était impossible de rester silencieux. Le SNCS-FSU, avec
l’aide d’autres syndicats, est intervenu
à tous les niveaux institutionnels, depuis
l’administration du CNRS jusqu’à la
ministre de l’Enseignement supérieur et de la
Recherche. La réponse, venue du plus haut niveau, a
exigé le rétablissement de la parité.
Le tirage au sort des personnes votantes parmi les nommés,
procédure proposée depuis le matin par les
élus et déclarée impossible par le
directeur général sur l’avis de la DRH,
est alors devenu possible.
Lors du vote final, toutes les
sanctions supérieures à l’avertissement
ont été repoussées à une
forte majorité. Sur l’avertissement (sanction la
plus faible), les votes se sont partagés entre cinq
« pour » et cinq « contre ». Ce
résultat ne dégageant aucune majorité,
la commission de discipline n’a finalement proposé
aucune sanction (2). En tout état de cause, la
décision finale revient au directeur
général du CNRS. Le SNCS-FSU veillera
à ce que le rejet de toute sanction par la commission de
discipline soit respecté.
Depuis plusieurs
années, l’intervention du FSD (fonctionnaire de
sécurité et défense) a
été constante dans l’affaire V.
Geisser. Il est avéré, par certains documents du
dossier, que le FSD a collecté des informations sur les
activités professionnelles de V. Geisser et que son
intérêt s’est étendu aussi
à ses activités privées et
à ses opinions exprimées dans les
médias. Ces pratiques sortent clairement des missions du
FSD, telles qu’elles ont été
définies par son supérieur, le haut fonctionnaire
de la défense du ministère (3). On peut donc
s’interroger sur l’origine de ces initiatives et
sur les moyens dont dispose le FSD du CNRS.
Le dossier a aussi
révélé qu’en mars 2007,
abusant de son pouvoir, le secrétaire
général a décidé de
refuser, pour non-conformité, un dossier
d’enquête déposé par V.
Geisser et en cours de régularisation auprès de
la CNIL (Commission nationale informatique et liberté), sans
en référer à celle-ci.
Au-delà de V. Geisser lui-même, c’est la
liberté de recherche de tous les chercheurs qui est
menacée.
Dans le contexte de la
réforme de l’organisme, la tentative de coup de
force de la direction générale prend un aspect
particulièrement inquiétant. Le renforcement du
secrétariat général, prévu
par le projet de décret organique, n’est pas fait
pour nous rassurer. Nous espérons que les succès
de la bataille syndicale (obligation d’une parité
dans les votes des commissions paritaires, refus de sanction de
l’expression des chercheurs) marqueront un coup
d’arrêt à la mise en place, au CNRS,
d’une dictature administrative sur la recherche.
1. http://www.dsi.cnrs.fr/RMLR/textesintegraux/volume5/52371-d82-451.htm
(voir l’article 35) 2. Les commissions paritaires ne prennent
pas de décision et le président n’a pas
de voix prépondérante. 3. http://www.sg.cnrs.fr/FSD/securite-systemes/revues-pdf/si1.pdf
(voir l’éditorial)
Déclaration
du SNTRS-CGT
(mardi 30 juin 2009)
La
Direction
Générale du CNRS remet en cause le principe de
parité
Lundi 29
janvier, la CAP des chargés de recherche du
CNRS se réunissait en commission disciplinaire restreinte
aux CR1 pour
statuer sur la demande de sanction contre Vincent Geisser,
accusé
d’avoir porté atteinte au fonctionnaire de
défense du CNRS.
Cette
réunion avait très mal commencé. Pour
la première
fois dans l’histoire du CNRS et dans les pratiques de la
fonction
publique, la Direction Générale avait
décidé de réinterpréter
à sa
façon l’article 35 du décret 82-451
fixant le fonctionnement des CAP.
Ce texte introduit le principe de parité qui est toujours
pris en
compte en séance.
« Lorsque les commissions administratives paritaires
siègent en
formation restreinte, seuls les membres titulaires et,
éventuellement,
leurs suppléants représentant le grade auquel
appartient le
fonctionnaire intéressé et les membres titulaires
ou suppléants
représentant le grade immédiatement
supérieur ainsi qu’un nombre égal
de représentants de l’administration sont
appelés à délibérer.
»
La
Direction avait décidé d’appliquer la
parité sur les
convocations. Sur les 8 représentants de
l’administration (4 titulaires
et suppléants) tous étaient présents,
mais sur les 8 représentants des
personnels (4 titulaires et 4 suppléants) seuls 5 avaient pu
se
libérer. Au lieu de faire siéger ses 4 titulaires
ou éventuellement 5
de ses représentants, la direction
générale a imposé de voter
à 8 voix
contre 5.
Le
SNTRS-CGT et d’autres syndicats sont intervenus dans
le courant de l’après midi du lundi 29 juin
auprès de la Direction
Générale et du cabinet du ministère.
C’est le ministère qui finalement
a imposé le respect de la parité.
L’attitude
de la Direction Générale du CNRS nous
conduit à exprimer de façon solennelle notre
inquiétude pour l’avenir
du CNRS. En tentant de rompre le principe de parité des
délibérations
des CAP et en substituant le principe d’autorité
aux règles du statut
de la fonction publique, elle a voulu remettre en cause les bases de
tout dialogue avec les personnels et leurs représentants.
Dans ces
conditions, comment ne pas s’inquiéter de la mise
en place du Contrat
Etat CNRS ?
Après
plus de 14 heures de débat, et après avoir
repoussé toutes les autres sanctions, la CAP n’a
pas réussi à prendre
une position sur la sanction la plus faible :
l’avertissement (sans
inscription au dossier) par 5 voix contre 5.
Le
SNTRS-CGT estime que rien dans le dossier ne permet
d’accepter une sanction de quelque niveau qu’elle
soit contre Vincent
Geisser et demande en conséquence au Directeur
Général de ne pas
prendre de sanction.