Comité pour la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs de la fonction publique

Chers signataires,

Je suis désolée de vous importuner à nouveau. Sachez que mon objectif est seulement de vous informer.
 
Libération a donné hier la parole au fonctionnaire de défense du CNRS, qui de surcroît  s'érige en victime et dit  redouter pour sa sécurité (sic!) (pour  lire l'interview cliquer ici).Quel paradoxe pour un général qui doit s'occuper de la sécurité des chercheurs au CNRS et des intérêts de la France!

Ainsi la liberté du chercheur, de l'universitaire et du citoyen est-elle mise de côté au nom de l'esprit sécuritaire qui envahit notre société, et l'on peut se demander pourquoi une certaine presse se met au diapason de cette tendance.

Pourquoi Libération n'a-t-il pas interviewé en même temps un chercheur, un savant étranger, quelqu'un de notre comité, Vincent Geisser lui-même ou l'un des témoins du conseil de discipline auquel il a été soumis par le CNRS? Pourquoi ouvrir les colonnes du journal au seul Ingénieur général Illand? Qui s'est soucié de vérifier ses dires ou de les confronter à d'autres?  

Pourquoi J. Illand ne dit-il rien
sur le fait que l'enquête de V. Geisser a fait l'objet d'un suivi sécuritaire et ce, dès 2006? Rien sur la veille informatique permanente qu'il fait sur certains chercheurs (constitution de fichiers qu'il appelle pudiquement des "dossiers"), ce qu'il a pourtant publiquement reconnu lors du conseil de discipline?

Pourquoi J. Illand ne dit-il rien sur les entretiens qu'il a eus régulièrement avec les supérieurs hiérarchiques de Vincent Geisser sur le Coran, le créationnisme... leur faisant part de ses inquiétudes sur l'islam, et sur les chercheurs travaillant sur ces sujets?  
Pourquoi J. Illand ne dit-il rien sur ses interventions pour faire licencier une doctorante voilée, allocataire de recherche et major de sa promotion?

Pourquoi J. Illand ne dit-il rien du fait que c'est la DST qui lui a signalé l'e-mail de V. Geisser publié sur un blog, alors que V. Geisser lui-même n'avait pas pu le constater (ce blog n'étant pas référencé par Google)?

Et quid de la seule question qui nous occupe et reste ouverte: celle de la présence d'un  tel fonctionnaire dans les institutions universitaires et de recherche et de son rôle exact? A-t-il vocation à intervenir dans les contenus des recherches conduites? A s'ériger en juge de travaux dûment évalués par ailleurs par les instances scientifiques compétentes? A se prononcer sur  nos prises de position en tant qu'intellectuels publics?  Autant rattacher le CNRS au ministère de l'Intérieur ou à celui de la Défense...

Je vous restitue là, toujours du Japon, les remarques qui me sont arrivées par mail à la suite de la parution de l'interview de J. Illand.

J'ai protesté auprès de Catherine Coroller, ne serait-ce que pour qu'elle rectifie sans tarder l'information erronée qu'elle livre sur la "sanction" dont V. Geisser aurait écopé. Je lui envoie également une copie de cette lettre afin de l'éclairer sur les questions qui pourraient guider sa réflexion. Vous trouverez ci-après copie de mon email à la journaliste.

Cordialement à vous.

Esther Benbassa    



Courriel adressé ce jour à C. Coroller

Chère Catherine,
Le Comité pour la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs de la fonction publique demande la publication sans délai d'un rectificatif: Le conseil de discipline du CNRS réuni le 29 juin n'a proposé aucune sanction à l'encontre de Vincent Geisser (pas même un avertissement sans inscription au dossier). Cette information est disponible depuis le 30 juin, tu as reçu nos newsletters à ce sujet, et tu trouveras ci-après copie de la dernière. Ce rectificatif s'impose sans restriction aucune: il y va de la vérité et de l'honneur de V. Geisser.
Cordialement,
Esther Benbassa