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Minorités
visibles en politique
COLLOQUE
INTERNATIONAL
Lieu:
Ecole Normale Supérieure, 45 rue
d'Ulm, 75005 Paris, salle Dussane
Dates:
11
et 12 décembre 2009
Résumés
des communications
(par
ordre alphabétique des noms d'intervenants)
Pour
consulter les notices biobibliographiques des intervenants, cliquer
ici
Lionel ARNAUD
De la nouvelle citoyenneté à
une citoyenneté " urbaine " :
réinvention ou détournement ?
Issu des deuxième
et troisième marches pour les droits civiques de 1984 et
1985, le thème de la nouvelle citoyenneté s'est
inscrit à la fois en contrepoint du civisme " passif
" qui toucherait les citoyens ordinaires, dont la participation
se réduit au vote seul, et dans une perspective interculturelle
et évolutive, donnant la possibilité d'une négociation
collective d'une culture jeune, métissée, autonome
et diversifiée. Trente ans plus tard, le desserrement de
l'État et les transformations des contraintes et opportunités
nées de la construction européenne - et plus largement
de la globalisation - semblent donner aux gouvernements urbains
la possibilité de mettre concrètement ces revendications
en uvre, en inaugurant de nouvelles formes de gouvernance
des intérêts locaux.
À travers l'étude de plusieurs projets menés
dans différentes villes européennes, je tenterai
de montrer que ce nouveau contexte urbain contribue à redéfinir
la citoyenneté comme un ensemble de pratiques (culturelles,
symboliques et économiques), et non plus simplement comme
un ensemble de droits et devoirs (civils, politiques et sociaux).
Mais si ces nouveaux dispositifs participent de la reconnaissance
et du développement d'" espaces publics intermédiaires
", force est de constater que l'implication des minorités
ethniques n'en reste pas moins largement dépolitisée,
et soumise à l'enjeu premier du positionnement économique
des villes dans un contexte international compétitif.
Christophe BERTOSSI
Citoyenneté, modèles nationaux
et crise d'intégration :
les nouvelles croisades morales en France, en Grande-Bretagne et
aux Pays-Bas.
Longtemps considérés
comme le cadre suffisant et nécessaire pour comprendre
les objectifs des politiques de la citoyenneté en Europe,
les " modèles nationaux d'intégration "
(i.e. républicanisme français, race relations
britanniques, multiculturalisme hollandais) doivent se rendre
à l'évidence : ils auraient tous échoué.
La France, caractérisée par son universalisme abstrait,
n'a cessé de se cacher derrière un " voile
d'ignorance ", notamment s'agissant des discriminations et
de la sous-représentation des populations issues de l'immigration
dans les institutions. À cela s'est superposé un
" voile d'illusion " sur la capacité d'un modèle
formel de citoyenneté à produire et renforcer la
participation citoyenne malgré des inégalités
matérielles. De manière générale,
l'échec vient des politiques visant à reconnaître
les groupes minoritaires (et leurs besoins spécifiques)
pour les engager dans la participation et favoriser l'égalité
des chances dans les sociétés se considérant
comme " multiculturelles ".
Or, loin d'illustrer la faillite des " modèles ",
les discours sur la " crise de l'intégration "
en France, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas montrent plutôt
une utilisation nouvelle de principes affichés comme libéraux
(égalité des sexes, sexualité, conceptions
de l'espace public) qui conduisent à ne plus considérer
la participation et la lutte contre les discriminations comme
des priorités, mais à enfermer certaines populations
dans un " défaut d'intégration ", et à
leur refuser ainsi leur place dans la citoyenneté.
Ahmed
BOUBEKER
Le patrimoine des luttes des héritiers
de l'immigration maghrébine.
C'est au début
des années 1980 que la France découvre l'existence
de la génération des héritiers de l'immigration
maghrébine. Longtemps ils sont restés dans l'ombre
de leurs parents, mais l'intrusion des jeunes des Minguettes (Vénissieux)
sur la scène publique semble marquer la fin d'une exclusion
réciproque entre la société française
et les cités de banlieue. Sous le feu de la rampe, de "
rodéos " en grèves de la faim, jusqu'à
l'apothéose médiatique de la Marche pour l'Égalité
de 1983, la nouvelle génération affirme son droit
de cité hors des réserves de l'immigration. Des
émeutes urbaines de la banlieue lyonnaise à celles
de la région parisienne, du mouvement beur à l'émergence
d'un acteur de l'islam de France, des luttes associatives contre
les crimes racistes et sécuritaires à celles contre
les expulsions et la double peine, la conscience politique d'une
génération s'affirme en réitérant
son exigence de reconnaissance et sa faim d'égalité.
Mais face au mépris social qui ramène régulièrement
aux oubliettes de la mémoire collective le patrimoine des
luttes de l'immigration, le mouvement des enfants de la banlieue
apparaît confiné dans l'impasse de l'éternel
retour à la précarité des origines, comme
une histoire de malentendus. Nous proposons de restituer ce récit
des oubliés de l'Histoire à partir des événements
fondateurs qui ont façonné une génération,
sans oublier la chronique des fins de non-recevoir publiques,
des dénis de reconnaissance et des formes de discrimination
historique inhérentes à l'espace politique français.
James COHEN
Les minorités ethnoraciales en politique
en France et aux États-Unis :
comparer deux trajectoires historiques ?
Comparer l'accès
des minorités ethnoraciales aux fonctions électives
en France et aux États-Unis ne saurait se réduire
à une confrontation entre deux " modèles "
normatifs, dont les termes expliqueraient aisément les
résultats obtenus. Une étude historique détaillée
s'avère indispensable pour mettre en lumière les
logiques à l'uvre dans les deux cas. Pour formuler
des solutions, il faut se méfier de toute logique de transposition
d'un champ national à l'autre. Pour comprendre la "
diversification " du personnel politique aux États-Unis
à partir des années 1960, il faut tenir compte des
effets directs et indirects du mouvement des droits civiques.
Par exemple, la création de circonscriptions électorales
conçues pour favoriser l'élection de représentants
au Congrès issus des minorités noire et hispanique
découle d'une certaine interprétation du Civil Rights
Act (1964) et du Voting Rights Act (1965). À l'évidence,
on n'a pas affaire à un modèle généralisable
au cas français. Pour comprendre le blocage des minorités
dans la carrière politique en France, il faut d'abord examiner
les pratiques des partis, sans pour autant négliger les
évolutions actuelles. Situer dans cette problématique
le rôle joué par la référence à
un modèle républicain n'est pas chose aisée
et nécessiterait un examen approfondi des justifications
formulées par les responsables des partis, soit pour empêcher
la percée des candidats minoritaires soit, au contraire,
pour favoriser leur avancement.
John A. GARCIA
Les Latinos et le système politique
américain :
affirmation et identification de leur influence politique et de
leur contribution
au XXIe siècle.
Durant l'été
2009, l'élection de Sonia Sotomayor à la Cour suprême
sera sans aucun doute entourée d'une forte attention, de
manuvres politiques et de prises de parole bien-pensantes.
En effet, elle sera la première femme issue de l'immigration
latine à entrer dans la plus prestigieuse institution des
États-Unis. Cet événement symbolise une profonde
mutation ainsi que le renforcement du pouvoir politique de la
communauté latine - le plus grand groupe minoritaire aux
États-Unis. Le choix qu'a fait le président Barack
Obama en nommant la juge Sotomayor est de fait perçu comme
un " juste retour des choses " envers les Latinos, pour
le soutien que ces derniers lui ont apporté au cours de
la campagne présidentielle de 2008. En outre, cette décision,
qui s'assortit de mesures favorables aux Latinos, pourrait affirmer
encore davantage le soutien de la communauté aux Démocrates.
Cependant, l'opposition des Républicains à la nomination
de Sotomayor est parfois perçue une attaque directe envers
la communauté, rendant en outre leurs tendances politiques
trop aisément identifiables, et donc moins crédibles.
L'utilisation de cette actualité politique illustre un
calcul politique où le sentiment de puissance Latino est
perçu comme ayant un degré considérable d'influence
et attire l'attention des partis politiques dominants ainsi que
de leurs dirigeants.
Dans cet exposé, je présenterai l'étendue
et la nature du renforcement de l'influence politique des Latinos
dans le système politique américain. Les militants,
les défenseurs d'un leadership organisé et
les universitaires sont en désaccord quant à la
pertinence d'un parallèle entre la croissance démographique
de la communauté et sa montée en puissance dans
le champ du politique. Pourtant, en général, chacun
est d'accord pour admettre que si des progrès ont été
faits, force est de constater que le développement du pouvoir
et de l'influence de ce groupe reste modéré. En
effet, leur niveau de participation demeure faible ; leur militantisme
et leur réactivité institutionnelle ne sont guère
flagrants ; et la représentation politique (des élus
et des nommés), en particulier à l'échelle
fédérale, est réduite à son strict
minimum. Toutefois, au cours de la campagne présidentielle
2008, les médias et les partis politiques ont plus que
jamais tenu compte de l'impact des Latinos sur le résultat
de l'élection.
Comment mesurer le pouvoir et l'influence des Latinos au XXIe
siècle, et sur quels éléments devons-nous
nous fonder pour tirer des conclusions sur leur progression en
politique ? Il s'agira ici de se concentrer sur les indicateurs
les plus évidents de cette montée en puissance du
rôle politique des Latinos. Nous évoquerons également
les témoignages recueillis dans cette communauté
ainsi que dans des institutions politiques américaines.
Enfin, à partir de ces données, nous tenterons d'établir
des projections sur l'impact à venir des Latinos sur la
politique américaine.
Vincent GEISSER
La production républicaine d'une "
minorité musulmane " :
le paradoxe français (1989-2009).
En France, le rapport
des pouvoirs publics et des autorités politiques à
la " question musulmane " a toujours fait l'objet d'un
traitement ambivalent, se traduisant par une injonction paradoxale.
D'un côté, il s'agit d'encourager les musulmans à
s'intégrer au corps national par le biais d'une élite
éclairée, censée montrer la voie et donner
l'exemple sur le respect des principes et valeurs républicains.
Ce projet universaliste a conduit à promouvoir des individus
issus de la " communauté musulmane ", sélectionnés
en fonction de leur capacité à se détacher
de leur milieu d'origine et à incarner la supériorité
du " modèle français ", rejetant les particularismes
ethniques et religieux dans la sphère privée. D'un
autre côté, les institutions françaises n'ont
cessé de jouer sur le registre ethnico-religieux, comme
si en pratique l'invisibilité communautaire des musulmans
n'était pas véritablement souhaitée. Une
telle tentation a favorisé l'" invention républicaine
" d'une communauté musulmane avec ses représentants,
ses leaders, ses porte-parole, ses médiateurs, mais aussi
ses figures repoussoirs. Dans les faits, la politique française
a oscillé en permanence entre ces deux tentations, dont
les effets se font encore ressentir aujourd'hui. À l'horizon
des années 2000, la politique dite " de diversité
" reflète en grande partie ce paradoxe français
qui finit par devenir la marque d'une véritable schizophrénie
républicaine, où la promotion d'une " diversité
universaliste " côtoie désormais celle d'une
" diversité lobbyiste ", incitant indirectement
à la structuration communautaire de l'expression politique
musulmane.
Adam GREEN
Les politiques raciales aux États-Unis
:
la race, la colère et la politique américaine.
Les élections
présidentielles américaines de 2008 furent immédiatement
suivies de proclamations célébrant l'" unité
nationale ", d'après lesquelles l'élection
d'Obama avait réussi à réconcilier les races
sur le sol américain.
C'est cette idée que je discuterai, à la lumière
de l'animosité et de la colère qui animent depuis
fort longtemps les minorités raciales non seulement socialement,
mais aussi dans les institutions politiques américaines.
J'examinerai l'importance de la question raciale (liée
aux " Blancs ", aux " Noirs ", etc.) et son
rôle dans le " sentiment politique " des individus,
et analyserai comment les formes d'expression institutionnelles
(au sein des partis politiques, dans l'élaboration de lois,
etc.) ont, de manière récurrente, été
des obstacles à l'esprit d'unité dont se vante la
nation.
Avant tout, je donnerai un cadre pour aborder le discours des
commentateurs actuels - voire, parfois, du président Obama
lui-même - selon lequel cette élection ouvre une
voie royale au dépassement des fractures causées
par les différences sociales dans la politique et la société
civile américaines. Ce qui permettra d'engager le débat
sur la manière de comprendre plus finement le pourquoi
de ces assertions, au regard des histoires de division sur la
base desquelles se sont bâties le plus grand nombre des
conventions et institutions politiques centrales des États-Unis.
Il s'agira donc de prendre en compte les deux aspects des politiques
raciales américaines : celui du " récit "
politique et populaire autour de l'" unité nationale
" et celui, plus complexe, de la réalité historique
qui se cache derrière.
Nacira GUENIF-SOUILAMAS
Politiques invisibles des minorités
:
dits et non-dits sur le genre, l'ethnicité et la race en
France.
La mythologie française
du républicanisme universaliste abstrait a longtemps contribué
à occulter l'imaginaire identitaire unificateur aux accents
raciaux de l'État-nation français et sa traduction
dans un ensemble unifié et centralisé de pratiques
et de représentations.
Durant les dernières décennies du XXe siècle,
la France a traversé des dynamiques de transformations
qui, par leur conjonction temporelle et spatiale et la puissance
de leurs effets, ont durablement mis à nu les ressorts
identitaires et inégalitaires qui conditionnaient et minaient
la viabilité de la francité, considérée
ici comme un processus de civilisation. La conjonction de la fin
de l'Empire colonial, du démantèlement de la société
industrielle nationale, de l'inclusion de cet État-nation
dans un ensemble européen plus vaste, et de l'accélération
des modes de différentiation et d'individuation a conféré
une visibilité et une intensité accrues à
l'installation durable dans le paysage français de populations
migrantes venues des anciennes colonies, alimentant des configurations
minoritaires. L'empreinte composite et dispersée de ces
configurations révèle par contraste des politiques,
jusqu'à présent invisibles, de gestion de groupes
ayant vocation à être minorisés parce qu'ils
seraient " porteurs " d'un ou plusieurs traits, race,
genre, ethnicité, selon des combinaisons variables. Ainsi,
les Arabes, les Noirs, les femmes " à émanciper
", les musulmans, les " migrants " avec ou sans
les bons papiers, ou encore les " homosexuels " inscrits
dans des groupes racialisés ou stigmatisés constituent
autant d'entités qui, dès lors qu'elles sont estampillées
et extraites du cercle égalitaire des citoyens français,
se voient refuser tout ou partie des droits auxquels elles seraient
susceptibles de prétendre, si elles en connaissaient l'existence.
À la lumière de cette biopolitique de minoration,
la seule potentialité d'un tel traitement - exact envers
de la politique, prétendument vertueuse, de la diversité
- révèle la conformation et le contrôle des
corps, ainsi que ses multiples voies de réalisation. Elle
s'exerce non pas pour les inclure au sein du cercle des égaux,
prouvant ainsi la réalisation de l'égalité
formelle enfin devenue réelle, mais à des fins de
contention, de triage et d'éjection. Elle contribue à
l'érection de la ligne de couleur dans la France postcoloniale,
selon un double mécanisme racial et genré, entre
ceux présentant une identité délavée,
transparente - aptes donc à se fondre dans une diversité
molle et édulcorée -, et les plus visibles, rugueux,
présentant des aspérités, qui en renouvelant
la problématique foucaldienne de la difformité et
de l'inadaptation, sont voués à subir un traitement
radical d'équarrissage et de domestication. La discussion
de cet argument tentera de décrire ce paysage travaillé
par une tectonique de la ségrégation inédite
et les pratiques de résistance, évitement, contournement
que lui opposent des individus collectifs situés.
Kerry L. HAYNIE
Désormais visibles, mais toujours dans
l'ombre :
les femmes afro-américaines dans la politique américaine.
Une des évolutions
les plus frappantes de ces trente dernières années
est le nombre toujours en hausse de femmes afro-américaines
qui entrent en politique. Cette augmentation est visible à
deux niveaux : 1) l'influence et le pouvoir croissants qu'exercent
ces femmes en tant qu'électrices ; 2) leur présence
de plus en plus forte à des postes d'élues. En dépit
de cette évolution, le parcours de ces femmes a fait l'objet
d'une attention assez restreinte de la part des médias
et des chercheurs. Par exemple, pendant la campagne présidentielle
2008, la candidature de Barack Obama et d'Hillary Clinton a focalisé
tous les esprits sur les Noirs et les femmes en politique, mais
pas sur les femmes noires.
Je tenterai, au cours de cette communication, de montrer que l'idée
- largement répandue - selon laquelle les femmes noires
ont une conception de la politique identique aux autres femmes
ou aux autres Afro-américains est erronée, et ne
fait que masquer l'importance cruciale du rôle des femmes
noires sur la scène politique américaine.
Éric KESLASSY
De la place des minorités visibles
dans la politique française.
Quelle est la place
des minorités visibles dans le champ politique en France
? Telle est la question centrale qui sera abordée dans
cette communication. Après un rapide - mais nécessaire
- constat sur la sous-représentation des minorités
visibles à l'échelon national, il s'agira surtout
de comprendre les raisons du " blocage " : comment expliquer
que la diversité de la population française soit
si peu représentée sur les bancs de notre Parlement
? Quatre points méritent d'être discutés :
a) la spécificité du monde politique qui est ultra
concurrentiel et extrêmement conservateur ; b) la responsabilité
des partis politiques, notamment en ce qui concerne le mode de
désignation des candidats ; c) la capacité des électeurs
français à envisager que des membres des minorités
occupent de hauts postes politiques ; d) la responsabilité
des minorités visibles qui ne s'engagent pas suffisamment
en politique. La dernière partie de cette intervention
consistera à analyser les solutions disponibles (et compatibles
avec le modèle républicain français) pour
tenter de favoriser une meilleure représentation politique
des minorités visibles à l'Assemblée nationale
et au Sénat : comment faut-il changer la façon de
sélectionner les candidats ? Est-il possible de "
contraindre " les partis politiques à donner davantage
de place à la diversité lors des échéances
électorales nationales ?
Éric MARLIERE
Minorités et " jeunes de cité
" :
de la résistance à la conquête du pouvoir local.
Les " jeunes de
cité ", " de banlieue " et pour certains
" issus de l'immigration " ne sont plus, dans l'immédiat,
porteurs de projets susceptibles de créer une proposition
politique vis-à-vis des canaux traditionnels des formations
politiques classiques. Pourtant nous avons constaté, lors
des dernières élections municipales, des listes
de jeunes dits " des quartiers " ne se contentant plus
d'apparaître sur les affiches des " grands partis "
plus ou moins autonomes. Le pionnier en la matière a été
le groupe Zebda (" beur " en arabe), qui a proposé
une liste citoyenne à Toulouse en 2002, les " Motivé-e-s
", dont le score électoral fut honorable. En 2008,
de nombreuses de listes locales comprenaient des " jeunes
des cités " qui se présentaient souvent contre
la majorité mais également contre l'opposition,
afin de porter la parole des jeunes, des parents, des habitants
des quartiers populaires - en bref, des oubliés des enjeux
électoraux.
Marco MARTINIELLO
Les enjeux de la représentation politique
des minorités ethniques et immigrées en Europe : peut-on
tirer des leçons de l'expérience américaine
?
Les configurations
de la diversité ethnique, raciale, culturelle, religieuse
et immigrée en Europe et aux États-Unis sont très
différentes. Il en va de même des systèmes
politiques et de l'histoire migratoire. Cela dit, des deux côtés
de l'Atlantique, la place des minorités dans les structures
du pouvoir, dans la vie et dans les institutions politiques est
sans conteste un enjeu important de la reconstruction démocratique
dans des sociétés marquées par un processus
de " diversification de la diversité ". À
cet égard, l'élection de Barack Obama a sans conteste
donné un souffle neuf à la réflexion sur
la participation et la représentation politiques des minorités,
non seulement aux États-Unis, mais aussi dans de nombreuses
villes et pays européens qui attirent beaucoup d'immigrés.
Cette communication sera divisée en quatre parties. D'abord,
nous exposerons une réflexion théorique sur la représentation
politique dans les démocraties multiethniques et multiraciales.
Puis nous établirons un panorama de la représentation
des minorités ethniques et immigrées en Europe.
Dans la troisième partie, nous examinerons le cas atypique
de la capitale européenne, Bruxelles, où l'on peut
observer parfois une surreprésentation des minorités
dans les assemblées élues. Enfin, nous tenterons
d'analyser dans quelle mesure un " effet Obama " s'est
produit en Europe, et quelles en sont les conséquences
possibles sur l'intégration des populations d'origine immigrée
en politique.
Rahsaan MAXWELL
Des
évolutions positivement diverses: grandes tendances chez
les immigrants non blancs dans la vie politique britannique depuis
1945.
Dans cette communication,
j'examinerai les récents changements qui ont eu lieu en
Grande-Bretagne parmi les populations issues de l'immigration.
Ces dernières sont souvent perçues comme étant
désavantagées par leur situation socio-économique
inférieure à la moyenne. De plus, l'accès
réduit qu'elles ont aux réseaux plus favorisés
devraient théoriquement minimiser leurs possibilités
de devenir des candidats politiques de haut niveau. Et pourtant,
je constate ce curieux paradoxe qui consiste en ce que certains
des politiciens d'origine immigrée, les plus haut placés
ou prétendant à de hautes fonctions, viennent de
milieux humbles et ouvriers. J'étudierai donc les parcours
de ces personnes en analysant ce en quoi leurs origines ont influé
sur leur succès politique.
Don T. NAKANISHI
L'impact croissant des Asiatiques américains
du Pacifique
sur la politique américaine.
Les Asiatiques américains,
qui sont à l'heure actuelle 16 millions, sont devenus des
acteurs de plus en plus cruciaux et visibles sur la scène
politique américaine. Membres du cabinet présidentiel,
élus, grands donateurs ou électeurs, leur rôle
dans la politique intérieure du pays est de plus en plus
prédominant. Cependant, il reste bien des défis
à relever avant que les Asiatiques américains ne
se rendent pleinement compte de ce qu'ils peuvent apporter à
la politique internationale et intérieure américaine.
Pap NDIAYE
Les Noirs dans la politique française
:
une perspective historique et sociologique.
Alors que, jusqu'au
début des années 1960, la France était, aux
yeux des intellectuels et artistes afro-américains, un
refuge leur permettant d'échapper aux rigueurs et aux violences
de la ségrégation et du racisme institutionnalisé
des États-Unis, et que son personnel politique (à
l'Assemblée nationale, au Sénat, et au gouvernement)
comptait de nombreux Noirs, la situation actuelle semble étrangement
inversée. La France apparaît comme un pays "
blanc ", peu avancé sur les questions de diversité,
tandis que les États-Unis comptent près de 10 000
élus noirs, dont l'hôte de la Maison Blanche. Que
s'est-il donc passé en un demi-siècle pour que,
côté français, le monde politique se soit
blanchi, tandis que côté américain, il se
soit coloré ? À cette première question,
de nature historique, s'ajoute une autre : pourquoi faudrait-il
que les minorités visibles soient plus présentes
dans la vie politique française qu'elles ne le sont aujourd'hui
? En d'autres termes, quels sont les arguments les plus robustes
qui plaident en faveur de la diversité, de nature à
résister contre les arguments républicanistes classiques
officiellement aveugles à la couleur de peau et, dans le
même temps, capables de favoriser l'émergence d'élus
issus des migrations postcoloniales dans la vie politique française
?
Ronald SCHECHTER
La Révolution française, les
Juifs et la citoyenneté.
En 1789, la population
française comptait environ 28 millions d'âmes, dont
guère plus de 40 000 Juifs (soit un peu plus de 0,14 %).
L'Assemblée nationale n'en débattit pas moins de
leur statut légal pendant plus de trente séances.
Comment expliquer ce décalage ? Pourquoi les législateurs
révolutionnaires se sont-ils ainsi préoccupés
des Juifs, alors qu'ils devaient faire face à tant d'autres
urgences ? Pourquoi ont-ils voté une loi définissant
leur statut en septembre 1791, alors que la Déclaration
des droits de l'homme et du citoyen, dès août 1789,
avait écarté comme non pertinente la question de
la croyance religieuse ? Et qu'a donc signifié, sur le
plan légal et culturel, la fameuse " émancipation
des Juifs " ? Cette intervention tentera d'élucider
pourquoi les Juifs ont pu à ce point être, pour reprendre
une formule lévi-straussienne, " bons à penser
" et " bons à émanciper ". Elle examinera
également certaines réponses juives contemporaines
à la Révolution et ce que la citoyenneté
française a pu représenter pour ces Juifs nouvellement
" émancipés ".
Georges SIDERIS
Les gays en politique :
une minorité de la marge à l'intégration.
À l'époque
du mouvement radical d'émancipation homosexuelle en France,
dans les années 1970, la lutte pour les droits des homosexuels
était vécue par les militants comme fondamentalement
politique, parce que remettant en question le système familial
patriarcal classique, les homosexuels appartenant à une
minorité marginalisée et stigmatisée. De
fait, un homosexuel voulant mener une carrière politique
se devait de rester discret sur sa sexualité.
Le coming-out de Bertrand Delanoë en novembre 1998,
en plein débat sur le PACS, a agi à la fois comme
le révélateur de la mutation de la société
française (il est élu maire de Paris en mars 2001)
et comme une manière d'entériner l'évolution
des partis de gauche. Dans les années 2000, des hommes
politiques de droite déclarent eux aussi leur homosexualité
et dernièrement, le 23 janvier 2009, Roger Karoutchi, secrétaire
d'État aux Relations avec le Parlement, a rendu publique
son homosexualité, alors qu'il était engagé
dans la primaire pour l'investiture UMP aux élections régionales
en Île-de-France.
La question de la place des homosexuels dans la vie politique
et de leur rapport à la République est alors posée
publiquement, en termes de minorité et de communauté
d'appartenance, voire de communautarisme, amenant à reconsidérer
l'évolution des rapports entre public et privé dans
la vie politique, dans une société française
où le fait d'être homosexuel est accepté par
la très grande majorité de la population, et où
taire son homosexualité pourrait même devenir un
obstacle.
Abdulkader SINNO
Opportunités et risques dans la représentation
des élus musulmans occidentaux.
Dans mon intervention,
je parlerai de mes récentes recherches sur la représentation
d'élus et de nommés politiques musulmans en Occident.
J'évoquerai notamment ce en quoi l'élection de candidats
issus des minorités, avec une origine musulmane, aide à
la résolution de conflits et à leur anticipation,
à la préservation des droits civiques, à
une meilleure sécurité et à la consolidation
des démocraties libérales occidentales.
Vincent TIBERJ
Ce que la gauche veut dire ?
Processus d'intégration et explications des alignements politiques
des " nouveaux Français ".
Contrairement au sens
commun, qui assimile les Français d'origine maghrébine
et africaine à un bloc électoral " à
saisir ", nombre d'études démontrent leur ancrage
stable et massif à gauche. Cet ancrage est d'autant plus
remarquable qu'il résiste aux déterminants et modèles
traditionnels des préférences politiques, et ce
malgré une diversification sociale de plus en plus marquée
parmi les " nouveaux Français ".
Nous montrerons que derrière ce quasi-consensus politique,
c'est en fait la capacité de la France à permettre
l'intégration qui se dessine, et donc ses résistances
et son inefficacité à lutter contre les discriminations
raciales. En cela, notre analyse démontre combien les "
nouveaux Français " se retrouvent dans une situation
comparable à celle des Afro-américains et des Latinos
aux États-Unis. L'alignement politique des nouveaux Français
est donc bien révélatrice d'une société
qui peine à se penser plurielle et multiculturelle.
Jérôme VALLUY
Des politiques xénophobes au nationalisme
d'État.
Le nationalisme d'État
qui s'affiche officiellement en France avec la création,
en 2007, du nouveau ministère de l'Identité nationale
et de l'Immigration est-il le simple reflet d'une stratégie
électorale permettant au candidat de droite d'être
élu en absorbant la concurrence d'extrême droite
? Deux observations permettent d'en douter : d'une part, le phénomène
n'est pas spécifique à la France et s'observe dans
la plupart des autres pays européens également marqués
par le tournant national-sécuritaire ; d'autre part, cette
création prolonge plusieurs décennies de politiques
antimigratoires en gestation dès les années 1960.
Au cours de cette histoire, se forme une xénophobie qui
s'exprime par les actes et discours d'autorités publiques
désignant l'étranger comme un problème, un
risque ou une menace et activant ainsi d'autres formes de xénophobie
plus intellectuelles ou plus populaires. Le phénomène
puise ses racines dans l'histoire du fait colonial et de la relation
à l'indigène, des effets politiques de la décolonisation
sur les métropoles, de la genèse des politiques
antimigratoires et des recompositions du champ politique. Ces
politiques de mise à l'écart et de rejet des étrangers
transforment les cultures européennes si profondément
que le retour au sommet de l'État des formes de nationalisme
et de xénophobie, observées à la fin du XIXe
siècle et dans l'entre-deux-guerres, ne rencontre aujourd'hui
que des oppositions marginales.
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