Compte rendu de la séance du 24 mars 2006 au Lycée Voltaire (Paris)

par Alain Lecoultre, professeur d’histoire au Lycée Voltaire

Vendredi 24 mars, le Lycée Voltaire accueillait des personnalités et des élèves venus pour dialoguer dans le cadre de la semaine " Le Pari(s) du Vivre-ensemble " : collégiens (12 élèves de troisième) et ex-collégiens (18 élèves aujourd’hui en seconde et première) de Léon Blum à Villiers le Bel (Val d’Oise) venus avec leurs professeurs, Renaud Farella et Alain Degenne, et lycéens de première L1 de Voltaire.

Les élèves du collège Léon Blum ont réalisé, depuis trois ans, trois ouvrages de fiction historique : sur la Première Guerre mondiale, la France sous l’Occupation, et la guerre d’Algérie (ouvrages publiés aux éditions L’Harmattan). Les élèves de Voltaire ont, dans le cadre des TPE (travaux personnels encadrés) cherché eux aussi à explorer la mémoire collective à travers des sujets variés : le lycée Voltaire sous l’occupation, la guerre du Vietnam, la première guerre du rock, la naissance du jazz, etc.

A la tribune, outre Esther Benbassa, directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Renaud Farella et Alain Lecoultre, étaient présents :
- Sophie Ernst, formatrice à l’INRP ;
- Jacques Walter, professeur à l’université de Metz ;
- Mohamed Harbi, professeur à Paris VIII et ancien dirigeant du FLN ;
- Marie Chominot, doctorante à Paris VIII ;
La séance était conçue et animée par Matthias Tronqual (doctorant à l’EPHE).

Après la présentation des participants, Esther Benbassa rappela la place de cette séance dans le cadre de la semaine du " Pari(s) du Vivre-Ensemble ".

Un premier extrait du Chagrin et la pitié de Marcel Ophuls présenta des images d’archives allemandes évoquant la débâcle de mai-juin 1940. Les élèves, un peu intimidés encore, et probablement déroutés par la nature des images (J. Walter fournit les informations nécessaires), réussirent assez vite, grâce aux qualités pédagogiques de Matthias Tronqual, à comprendre et à décrypter le sens de ces montages de propagande : le message clairement raciste (insistance sur les prisonniers français africains montrés comme des sauvages) et le procédé utilisé (montage en alternance avec les fiers guerriers aryens) furent rapidement décodés.

Le second extrait était centré sur la politique antisémite de Vichy et les déclarations d’un marchand de chaussures de Clermont-Ferrand, M. Klein, qui publia un encart dans la presse pour faire savoir qu’il n’était pas juif… Un vif débat s’engagea aussitôt, mêlant élèves et personnalités : fallait il parler de comportement antisémite, ou de lâcheté complice ?

Une brève pause rafraîchissements permit aux collégiens et lycéens de mieux se connaître.

La séance reprit avec un extrait de La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo sur un des premiers attentats individuels du FLN à Alger. Mohamed Harbi rappela au jeune public les conditions du début de la guerre d’Algérie et posa la question de l’efficacité politique du terrorisme. Très vite le débat historique céda la place à un parallèle avec des situations actuelles comme la chasse au faciès.

Le second extrait fut consacré à la torture et à la conférence de presse du colonel Mathieu (inspiré de Bigeard et Massu). M. Harbi rappela le rôle des intellectuels français opposés à la torture et à la guerre (non évoqués dans le film) et A. Lecoultre le vote des " pouvoirs spéciaux " par la majorité de gauche de l’époque. A la suite d’une remarque un peu désabusée d’une collégienne de troisième sur notre impuissance face au racisme, le débat devint général et fort animé ! Hélas il était déjà presque 17 heures…

Il revint à Esther Benbassa de conclure cette séance de confrontation où il apparut clairement que ce " Pari(s) du Vivre-Ensemble " avait été gagné et était gagné chaque jour dans nos établissements scolaires, même si hélas des dérapages fâcheux (insultes racistes ou sexistes banalisées) n’ont pas disparu.

Il faudra bien sur d’autres semaines du " vivre-ensemble " et d’autres confrontations pour vaincre ces résistances mais le succès de cet après-midi, comme du reste de la semaine, augure bien de l’avenir.